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Après avoir passé deux semaines chez Jim avec l’excuse d’être CouchSurfer, se posait la question de savoir où j’allais aller ensuite. De retour du supermarché où nous allons désormais ensemble, je lui confie que ça ne me deplairait pas de rester chez lui, mais cette fois en payant quelque chose. Jim n’apprécie pas trop de devoir prendre des décisions, il me demande un temps de réflexion.

Quelques jours plus tard, je lui demande où il en est dans sa réflexion car je dois pouvoir me préparer à bouger si nécessaire. Il m’autorise à rester dans son appartement tant que je n’ai pas trouvé de boulot, mais m’invite à participer aux charges à hauteur de 35$ par semaine. Ce type est trop gentil et ça m’agace, n’ayant pas du tout envie d’abuser de sa gentillesse, je lui propose de le payer 10$ par jour. Pas plus car je n’ai pas de chambre à proprement parler, mais cette somme me semble plus que raisonnable. Il me répond: “Bon, tu sais quoi, 50$ par semaine et on en parle plus”. Il est incroyable !

Incroyable, je m’en étais déjà aperçu lorsqu’il m’avait organisé ma fête d’anniversaire. Après m’avoir invité au resto en compagnie de ses nombreuses copines, c’est dans une soirée karaoké “asiat style” que je me suis retrouvé. Pour cette soirée, il s’était fixé un objectif. Me saouler. Il voulait que je boive à tel point que je ne me rappelle de rien… Il a réussi. Avec l’aide de ses nombreux amis qui m’ont tous tendu un “shot” pour trinquer avec eux, j’ai perdu conscience de ce qui se passait assez vite. Pas bien fier le lendemain, Jim était (et est encore) ravi.

Après avoir trouvé un travail et que Sumit, notre colocataire indien, ait libéré sa chambre, je suis devenu un flatmate officiel. J’ai ma propre chambre minuscule, et paie mon loyer comme tout le monde. Cela ne change rien au fait que nous faisons toujours nos courses ensemble et que notre autre colocataire se cache toujours autant dans sa chambre.

Jomar est un personnage bien curieux. Voire inquiétant. Quoi qu’entre le moment où il jète un coup d’oeil rapide dans le living pour voir qui s’y trouve, ou le moment où il détourne le regard et fait semblant de s’intéresser à quelque chose, je ne sais pas lequel m’inquiète le plus. Le reste du temps, il est sur Skype avec sa famille aux Philippines ou en train de jouer à un jeu qui fait trembler les murs. Dans ses soirées mornes, Jim lui emprunte un film ou l’autre. Et maintenant, j’ai compris, il achète les films dont le scénario est le moins plausible au monde.

Jim est terrific ! Je crois que je n’aurais pas pu mieux tomber. Certes, je vis en Asie plus qu’en Australie et ne rencontre que d’autres asiats. Les nouilles n’ont plus de secret pour moi et bientôt j’attraperai les mouches avec mes baguettes. Mais à côté de cela, il me prête sa voiture, est intéressé, maléable et ouvert d’esprit. Si je n’insistais pas, je ne payerais pratiquement rien. Lorsque nous avons parlé du prix de la chambre, il m’a demandé plusieurs fois si ce n’était pas trop pour mois car il faut que je mette de l’argent de côté pour continuer à voyager. Et entre nous, lui qui connait mon salaire, devrait se rendre compte que c’est loin d’être trop pour moi.

Au boulot, tout se passe très bien. Simon vient tous les jours me chercher une demi-heure en retard. J’ai droit à un jour de congé payé par mois, ce qui n’a rien avoir avec les jours de vacances auxquels j’aurai droit aussi. J’aime ce que je fais, et dans peu de temps un nouveau projet va débuter ce qui sera encore plus intéressant.

La seule chose qui m’effraie un peu maintenant, c’est de voir les gens partir. Bientôt, François, Sasha et Eriko, que je vois les weekends, reprendront la route. Antoine s’est déjà envolé, et d’ici quelques mois plus personne ne sera là. Je doute me lier d’amitié plus profonde avec mes collègues, mais nous verrons…

A côté de cela, mon niveau de vie me permet de faire des folies. C’est pourquoi le 17 septembre, je serai à Sydney pour deux jours. Cela fait des années que je veux aller à un festival, de musique détestée de tous mes amis, et que je n’en ai pas eu l’occasion. Cette année changera le sort, Defqon.1 prépare-toi !

Le rythme de parution de mes articles va encore se ralentir, mais gardez espoir, je compte pimenter mon métro/boulot/dodo.

NDLR : Vous préparez votre voyage en Australie ? Vous vous posez toutes les questions du monde ? Toutes les réponses à vos interrogations sur ce continent sont ici.

(English version below)

Ayant raté l’appel de Caren, la responsable des ressources humaines de ma dernière interview à Malaga, je la recontacte une fois à la maison. Heureuse de m’entendre, elle me confirme dans la seconde que je suis pris. Me donnant mon salaire sans me demander ce que j’en pense, elle m’informe de la période d’essai de trois mois. Après cette période, mon salaire sera revu à la hausse d’à peu près 10%. Que demander de plus ? Ce salaire me permettra de vivre comme un prince tout en épargnant plus d’argent qu’en Tasmanie.

J’accepte sa proposition et commencerai le lendemain. Pour ne pas me gacher la chance que j’ai depuis que je suis revenu à Perth, Caren m’informe que mon futur collègue, présent lors de l’entretien d’embauche, a proposé de venir me chercher car je suis sur son chemin. “Oh my fu#@ing God, so fu%*ing great !”. Cela m’épargne un périple interminable en bus. Il passera me prendre à 8h10.

Quelques minutes plus tard, je reçois un mail de Fremantle. “Have you taken a job yet?  If not, are you able to come and see me on Monday?  I have a project I want to talk to you about.”. Arf, il me recontacte un poil trop tard le Tony. A un moment, il faut prendre une décision et je l’ai prise. Ma réponse ira dans ce sens, et la sienne ne se fera pas attendre : “I’m very sorry to hear this – I have a project which I think is perfect for you, so if you’re interested, give me a call.”

L’appeler n’est pas dans mes projets, sauf si travailler pour Goods Galaxy s’avérait être une terrible erreur. Quoi qu’il en soit, je suis bien heureux d’être engagé par cette entreprise. Flatté qu’ils s’entichent d’un backpacker, malgré la première question à l’entretien : “Et qu’allez-vous faire à la fin de votre contrat ?”. Me voilà donc parti pour travailler un total de 10 mois à Perth. 4 mois sur mon premier visa, suivis de 6 autres si mon deuxième visa est accepté -ce qui est certain à 95%.

A plus tard pour les coulisses de mon travail. Oh, mais j’y pense, est-ce que je vous ai expliqué où je vis maintenant ?

NLDR : Toi qui lis cette page. Tu veux des infos en or ? Tu veux de l’actu en avant-première ? Tu veux des photos inédites ? Suis Un Belge en Australie sur Facebook (et aime).

English version

As I missed Caren’s call [...] I am now a Web Developer in Perth [...] 10 months [...] incredibly awesome salary. [...] Like me on Facebook!

Deux semaines. C’est le temps que je me donne pour trouver un job. Mais pas n’importe lequel. J’ai décidé de tenter d’utiliser mes compétences et d’avoir un boulot intéressant pour quelques mois. Etre un Web Developer à Perth pourrait être une expérience très enrichissante tant niveau professionnel qu’humain. Et même si certains me voient au pays des Bisounours… qui ne tente rien n’a rien !

Rencontrer Jim a été une bonne chose pour ma recherche d’emploi. Lors de mon premier passage chez lui il m’a renseigné un site Internet très prometteur. Armé d’une connexion de 24h à prix d’or au backpack, j’ai commencé à envoyer mes candidatures spontanées et CV sur seek.com. Je n’avais pas encore fini qu’une entreprise m’invitait à prendre contact avec eux.

Parler anglais au téléphone c’est pas ma tasse de thé, mais il semblerait que je n’ai guère le choix. Après m’avoir questionné sur mes intentions et mes compétences, il veut vérifier la qualité et rapidité de mon travail. Le lendemain matin, je devrai réaliser un site pour lui et le mettre en ligne. Il me faudra quelques trois heures pour assembler les éléments graphiques très moches que composent ce site de pompiers. Nous nous recontrerons quelques jours plus tard, il m’offre le poste pour une période de 6 mois avec un salaire de 40.000$ sur base annuelle… Je lui donnerai ma réponse dans les deux jours qui suivent.

Entre temps, j’ai une autre interview à Fremantle. J’ai un excellent feeling avec cette entreprise et sors très confiant de l’entretien. Après des jours d’attente interminable, Tony me recontacte et m’explique la situation. Il veut m’engager, mais ne peut pas car mon visa n’est pas permanent, cependant il va peut-être gagner un projet dans un futur proche et m’engagerait pour le réaliser.

Malgré l’incertitude d’obtenir le job de Tony, je décide de refuser l’offre que m’a faite la première entreprise. Je n’ai pas un bon feeling, le salaire est à peine plus élevé que celui que j’avais en Tasmanie et ma personne de contact m’avait déjà mis sous stress alors que nous ne travaillons pas encore ensemble. Toutes ces conditions réunies dans un engagement de plusieurs mois ne me conviennent pas.

Une de mes candidatures spontanées a porté ses fruits. Troisième interview. Cette entreprise a aussi l’air très intéressante même si le feeling n’est pas aussi bon. Le niveau du developpeur qui me questionne à l’interview est beaucoup plus haut qu’à l’habitude. Mes lacunes en Drupal se font très vite sentir aussi car je n’ai aucune expérience dans ce domaine et c’est le seul outil qu’ils utilisent. Ils décideront d’engager un permanent plus compétent dans le domaine.

La deuxième semaine arrive à sa fin. Je n’ai toujours rien de concret et attendre la réponse de Fremantle serait probablement une erreur. Je m’accorde quelques jours de plus pour m’inscrire dans les agences intérims spécialisées dans l’IT, sans savoir pourquoi je les avais ignorées avant. J’aurai une interview avec une d’entre elles, on m’apprendra que cela sera difficile de me faire engager sur du moyen terme. Même si j’ai découvert que je pourrais être engagé pour un total de 10 mois, il est peu probable que cela intéresse une entreprise locale. Un contrat temporaire de trois mois est plus à envisager. Quant au salaire, viser plus haut que 55.000$ à l’année serait rêver.

Finalement, j’ai une autre interview, mais cette fois pour une entreprise qui n’est pas spécialisée dans le web mais qui a besoin de développeurs pour travailler sur leur site de commerce électronique. Mes pieds de plomb m’accompagnent dans mon heure de bus jusqu’à Malaga. Devant Caren et Simon, le mauvais feeling que j’avais se transforme rapidement. Mes tâches seraient très intéressantes et variées malgré que tout ne tournerait qu’autour d’un seul site. Je montre un enthousiasme certain et cela a du jouer son rôle.

Dans l’heure, ils me recontactaient.
Et en rentrant chez moi -après 3h de bus car je me suis perdu, totalement perdu, si, si, vraiment perdu- je découvre un mail de Fremantle…

Confortablement installé sur une des banquettes de la bibliothèque de Perth, j’utilise la connexion WiFi de mauvaise qualité. Me loger gratuitement serait une bonne chose. Bien entendu parce que ça coute rien, mais aussi parce que cela me laisserait du temps pour chercher du travail sans être pressé. C’est pour cette raison que je vais à nouveau tenter le CouchSurfing.

Contraire à tout ce que les membres demandent, je me lance dans une série de copier/coller. J’ai ciblé les membres récents, qui n’ont pas trop l’habitude du CouchSurfing, n’étant généralement pas ciblés par les utilisateurs du site. C’est alors que je suis encore en train de contacter les 14 hôtes potentiels que je reçois un SMS. Jim souhaite avoir plus d’information et après un bref coup de téléphone, c’est assis dans sa voiture que nous échangerons réellement.

Ce petit asiatique accroché à son téléphone portable, à l’attitude un peu effeminée, se sens seul. Dans la première minute, il m’explique qu’un très bon ami à lui vient de quitter le pays. Un backpacker français rencontré quelques semaines plus tôt avec lequel il avait eu une chouette relation. En lisant entre les lignes, je me rends vite compte qu’il se sent seul et déprimé. Il idéalise les backpackers et la vie au-jour-le-jour que nous avons.

C’est dans son living qu’il accepterait de me laisser dormir pendant deux semaines. J’avais été très clair dans mon annonce, une période de moins de deux semaines ne m’intéressait pas. Cependant, il dormira lui aussi dans son living car il loue les deux chambres de son appartement. M’inquiétant de l’espace dans lequel je devrais vivre, il me propose de passer vois chez lui, à Tuart Hill.

C’est à une quinzaine de minutes du centre que nous nous rendons à bord de sa petit voiture rouge. Sur place, il me désigne le matelas dont il se sert, pointe l’autre côté du canapé qui serait mon espace. Il m’offre une bière et me propose de me faire à manger, ce que je ne refuse bien évidemment pas. Ensuite, comme j’avais mentionné ne pas encore avoir vu la plage de Scarborough, il m’y emène avant de me redéposer en ville.

En le saluant, je lui précise que je vais réfléchir et le recontacter le lendemain. A ce stade, je me demande si c’est une bonne idée de “combler” le vide dans la vie de ce bonhomme. Qu’attend-il de moi ? Il m’a bien accueilli et j’ai presque eu l’impression qu’il essayait de m’acheter en agissant comme il l’a fait. Le monde à l’envers, c’est lui qui veut m’héberger au final, et moi qui doit accepter ou pas.

J’accepte. Un peu étrange, mais je me sens OK à l’idée de jouer l’ami et de combler son manque de vie sociale. Après tout, deux semaines gratuites et un accès à Internet décent m’arrangent, d’autant plus que je peux à tout moment partir de chez lui et retourner dans une auberge.

Quelques jours plus tard, il passera me prendre en ville, m’hébergera, et me confiera les clés de son appartement.

Premières retrouvailles 2000km plus loin, un deuxième jour commence. Surprise de la rapidité de mon arrivée, c’est avec le souffle court que Sonja vient me chercher à la petite gare de Bassendean. Elle vit chez l’habitant dans ce quartier calme de Perth. La maison n’est habitée que par Rod, deux larges chiens, un chat capricieux et deux poissons rouges pas farouches. Les propriétaires sont en vacances.

J’aurais du rester là à partager un modeste lit d’une personne, mais comme rien ne pouvait se passer comme prévu, c’est dans une auberge que je déposerai mon bardas deux nuits plus tard. Ceci s’explique simplement. Le colocataire brézilien, ne souhaitait plus couvrir ma présence et les proprios ne souhaitaient pas m’accueillir dans leur maison.

La vente de ma voiture et tous les événements de ces derniers jours se sont déroulés tellement vite que maintenant c’est l’après-coup. J’ai perdu ma carapace. Etre posé dans une maison, ne fut-ce que pour quelques jours, m’aura permis de m’en rendre compte et de réfléchir à quoi faire ensuite.

Vendredi, cette végétarienne venue à Perth pour travailler sa thèse s’envole pour l’Inde. Sous la pluie, sur la jetée, mes idées sortaient du flou et prenaient forme. Je vais rester à Perth car changer de ville ne rime à rien. Chercher du boulot est donc ma première priorité et pour me donner du temps, je vais tenter de trouver un hôte en CouchSurfing.

A suivre…

Repère temporel : du 30 mai au 3 juin

Je quitte Karijini et me met en direction de Perth. Il me reste entre 1300 et 1400km, ce que je ferai sans doute en trois étapes. La première aire de repos est trop proche et il est encore trop tôt, je ne m’y arrêterai pas. Par contre, la deuxième se trouve très très loin, j’aviserai donc en chemin.

Dépasser un road train sur un route sinueuse, c’est pas ce qu’il y a de plus facile. Après avoir attendu de longues minutes derrière ce géant, je me lance. Cet imbécile semble accélérer ce qui ne me rassure pas au vu du tournant qui se rapproche dangereusement. N’ayant pas envie de faire un face à face avec un autre véhicule, j’enfonce la pédale et dépasse le monstre.

Quelques minutes plus tard, une drôle d’odeur. Mon moteur fume… encore ! J’ai de la chance car je me trouve à 25km de Newman et espère donc que le moteur tiendra le coup jusque-là. A Newman, un samedi fin d’après-midi, je n’espère même pas demander son avis à un mécanicien et fais mon propre diagnostic. Je commence à un peu connaitre mon moteur et les problèmes récurrents qu’il m’impose. Première inspection, j’ai en effet perdu de l’huile, mais pas de trop. Je ne constate pas de traces d’huile sous le moteur ce qui prouve que cela doit fuir lentement. Autre inspection, la pression dans le moteur. Il y a en a trop.

C’était d’ailleurs la cause de ma deuxième panne et j’étais bien heureux que Greg en ait trouvé la raison. Cette fois je sais comment vérifier et je constate que la pression est plus importante qu’avant ce qui n’est pas bon signe. Il est possible que ce ne soit à nouveau que la valve qui soit bloquée, mais puisque de l’huile a fuit on peut se douter que le front crank seal a subit des dommages.

Ma réflexion sera rapide. Je n’ai pas envie d’attendre lundi pour un diagnostic. Je me trouve à 1200km de Perth. Faire réparer la voiture m’obligera à attendre dans cette ville pendant une semaine. C’est décidé, je vais la vendre ici et prendrai un avion dès que c’est fait.

Me renseignant à tous les endroits possibles de la ville, j’apprends que les gens qui veulent vendre leur véhicule le garent à un certain endroit de la ville et attendent. C’est donc là que je me trouve aux premières heures dimanche, à attendre que quelqu’un s’y intéresse. Il n’y a pas de backpacker dans le coin, c’est donc à un local que je devrai la vendre et je n’espère pas en avoir plus de 250$. Je suis tellement pressé et le moteur étant en mauvaise état que 500$ serait le rêve.

Sous les conseils du centre d’information et d’autres personnes, je vais aborder un groupe d’aborigènes. N’ayant pas eu le temps de dire autre chose que “Hi guys”, ils me demandent de l’argent. Seul dans une rue face à 5 types qui détestent visiblement les blancs, je m’échappe de la situation en lançant très vite “J’ai une voiture à vendre, ça intéresse quelqu’un ?”. “Venez voir, elle est juste là”. Et me voilà accompagné de 5 aborigènes dans mon dos, avançant plus lentement qu’un manchot en chaise-roulante, en direction de ma voiture. Je perds vite espoir lorsque le plus arrogant et plus saoul d’entre eux m’en propose 5 dollars et tente d’obtenir une des bières que j’ai encore dans le coffre.

Deux femmes s’arrêtent et me demandent combien je veux pour la voiture. Armé de mes talents affûtés de vendeur , je lance craintivement “Je serais VRAIMENT très heureux avec 1000$”. Surpris elles ne s’enfuient pas. Elles tournent autour de la voiture. Passent des coups de téléphone. Et finissent par s’en aller : “On va faire un tour, on verra si tu es encore là quand on repasse”. Il est 11h du matin et j’en ai marre d’attendre. Je ne veux absolument pas rester dans cette ville et je suis même prêt à donner cette voiture pour pouvoir partir.

Plus tard, elle reviennent. Surpris, elles m’informent qu’elles étaient parties chercher l’argent, mais qu’elles n’ont pas pu réunir la somme complète. “J’ai pu réunir 700$”. Négociateur en carton que je suis, je ne dis rien, je me tourne vers ma voiture, me retourne vers elle, fronce les sourcis. Sa copine dit quelque chose que je ne comprendrai pas. Mon interlocutrice enchaine ensuite avec “Bon, je peux t’en donner 800 vu que ma copine veut bien me prêter 100$”. Plus qu’heureux, je donne mon accord. Cette voiture vaut beaucoup plus, mais la faire réparer, attendre ici et la vendre à Perth ne m’en fera pas gagner plus.

Prenant tout ce que je peux sur mon dos en abandonnant le gros de ce qui m’appartient dans la voiture, je retourne au camping. Mon vieux voisin d’emplacement avec qui j’ai discuté est là et je lui demande gentiment s’il pourrait me déposer au bord de la route car j’ai envie de tenter de faire du stop. Il me demande si j’ai déjà vu le lookout de la ville et si ça m’intéresse de le voir. A ce stade, je n’en ai strictement rien à faire, mais je ne veux pas le vexer et accepte.

Mes paquets et moi au bord de la route, j’écris Perth sur un bout de carton et tend les bras. Le premier road train passe dans un bruit infernal et ne s’arrête pas. Je me tourne vers l’admirateur du lookout et lance “Les camionneurs ne s’arrêteront jamais”, il est de mon avis, me souhaite bonne chance et s’en va. La voiture suivante d’une petite famille n’ose même pas me regarder. Le véhicule suivant est à nouveau un road train. Il s’approche. Bizarre il semble être plus lent que les autres. Je fais un bon en arrière en m’aperçevant qu’il est en train de se garer sur le bord de la route.

Je n’y crois pas. Il ne peut pas s’arrêter pour moi. Cela fait à peine 20 secondes que je suis sur le bord de la highway avec ma pancarte minable. Je cours jusqu’à la cabine du chauffeur “Where you headed ?”. “Perth”. Il me fait signe de monter ! Ca c’est de la chance. Une fois dans son camion, j’informe qui de droit du numéro de plaque du chauffeur et tente la parlote.

Dans la première demi-heure j’ai bien cru qu’il ne parlerait jamais. Mais si, après avoir fait le plein et chargé un quad dans la remorque, il m’a posé deux ou trois questions. Ce personnage est étonnant. Ma présence ne lui fait apparemment pas plaisir. Et sans doute q’il préférerait même être seul vu à quel point il est maniaque. A chaque mouvement il vérifie ce que je fais. Son camion est plus propre et rangé qu’un bloc opératoire et doit visiblement le rester. Ce vieil homme de 62 ans aime conduire, fume comme un pompier et jette ses ordures et mégots par la fenêtre. En 24h nous ne parlerons pas plus d’une demi-heure.

Le reste du trajet se passera dans une ambiance de radio grésillante, de CB crépitante l’informant des véhicules larges à contre-sens et de ses inhalations de cigarettes. Je me rassure en me disant que si il parle si peu c’est sans doute à cause d’un cancer des cordes-vocales ou quelque chose comme ça. Sa voix n’est qu’une expiration, et, le pauvre, je le fais répéter chaque fois car je ne le comprends jamais du premier coup.

Il m’enverra passer la nuit dans le conteneur vide sur la deuxième remorque. Je n’y dormirai pas trop mal emmitouflé dans mon sac de couchage, lui-même recouvert d’une couverture trouvée sur place. Nous reprendrons la route à 6h du matin, avec encore 600km devant nous. Autant dire que dans le silence de la cabine, j’ai eu le temps d’admirer les aigles sur le chemin. Les oiseaux verts se déplaçant en groupe. Le dingo marquant son territoire. Les machines-pour-la-mine transportées par convoi exceptionnel de la largeur de la highway.

Les road trains n’ont pas accès à la ville et il ne peut donc pas m’y déposer. Je descendrai au dépot où il a donné rendez-vous à quelqu’un qui récupérera le quad chargé la veille. Je n’ai pas le temps de le remercier qu’il m’a déjà arrangé le lift avec le propriétaire du quad et s’en va en coup de vent. Ces gens me déposeront à Bassendean où je peux être logé pour quelques jours.

Il ne sera passé qu’un peu plus de 24h entre le moment où je vendais ma voiture et la porte de la maison à Bassendean. Me revoilà en ville, avec un peu d’argent et sans voiture. Retour à la case départ.

Photo : Ma piaule

Repère temporel : 28, 29 et 30 mai

Je n’ai pas le temps de faire demi-tour qu’il avait disparu. Le long de la route se trouvait un lézard d’un bon mètre. J’ai sauté sur mes freins trop tard car à mon retour ce géant jaune s’était enfui dans le bush.

Un fou rire. C’est bien la première fois que ça m’arrive en conduisant seul dans le désert. Un minuscule lézard s’est mis en tête de traverser avant mon bolide lancé à 110km/h. Debout sur ses deux pattes arrières, il est passé à la vitesse de l’éclair. Tel un cartoon, je pouvais voir ses bras élancés derrière lui et entendre un “aaaaaahh” de peur et d’adrénaline.

A côté du camping où je passerai la nuit dans le parc national de Karijini se trouve la première gorge. Il ne me faudra pas plus de deux heures pour l’explorer et m’y baigner. C’est devant une petite cascade que je choisirai d’enfiler mon maillot. L’eau est bien moins chaude qu’à Exmouth, mais après quelques jours sans douche, c’est extrêmement agréable.

Le jour suivant c’est au bout des 43km de route poussiéreuse que je visiterai la deuxième gorge. Et c’est ici que le parc devient réellement intéressant.

Me résigner à garder mes chaussures sèches.
Escalader la roche pour éviter les profondeurs.
Avancer en prenant appui sur les parois sur Spider Walk.
Me baigner dans une eau glaciale.
Admirer le soleil se frayer un chemin dans la gorge étroite.

C’était beaucoup trop court !

Photo d’illustration : Ce n’est pas moi, l’ombre, sur la droite, c’est la roche

Repère temporel : 27 et 28 mai

Where to Now?

Cette phrase était imprimée à l’arrière d’une caravane que nous avons suivi sur le retour vers la ville. La tête complètement ailleurs, j’ai raté la “sortie” et ne m’en suis rendu compte que 40km plus loin, à Roebourne. Un détour de 80 bornes, comme si j’avais de quoi m’offrir ce genre de connerie.

La journée sera remplie d’émotions, de réflexions, de décisions. Nos choix sont faits. Je décide de rappatrier un peu de mon argent belge pour me permettre de rebondir. Je vais redescendre à Perth car le nord me tente de moins en moins. Je passerai par Karijini National Park sur le chemin. Et une fois en bas, j’aviserai de ce que je ferai de ma voiture. L’autre raison motivant mes choix a un prénom et prendra, comme prévu initialement, son bus vers Perth ce soir.

Rouler de nuit vers Port Hedland est une nouvelle expérience. La route semble être longée de part et d’autre par une forêt épaisse ou de hauts murs sombres, il n’en est pourtant rien, seules de vastes étendues désertiques défilent invisiblement à mes côtés.

A 80km/h, vitesse que j’estime kangourou-proof, je me fais dépasser par quelques camions et autres fous du volant. Je rejoindrai l’aire prévue juste à temps pour m’endormir, n’ayant pas pensé qu’à cette vitesse la fatigue arriverait plus vite que ma destination.

Photo : Le reflet de la lune dans les feuilles d’eucalyptus non loin de Norseman

Day One

Repère temporel : 26 mai

Alors que Sonja et moi discutons sur la route de notre habituel bin-diving, je lance “Viens à Karratha”. Son bus part dans deux heures et maintenant elle hésite. Réussissant le challenge de trouver une connexion à Internet à cette heure, elle annule son Greyhound et embraque dans ma Magna le lendemain matin.

Karratha c’est une ville bien plus grande que je ne le pensais. Je conduirai quelques six heures pour y arriver, mais le temps passera vite car, depuis quelques jours, elle et moi nous amusons à refaire le monde.

Au fil des bornes la végétation devient plus verte. Des petits arbres commencent à paraitre. Nous traverserons plusieurs nuages de grillons qui s’écraseront sur le pare-brise dans un rythme de grêle. Cette route est évitée par la grande majorité des backpackers car il n’y a rien à voir et surtout car cela revient à éviter Karijini National Park. Les seuls véhicules que nous croisons sont des utilitaires ou des jeeps de société. L’industrie, entre autres minière, y est très importante.

Au centre d’information nous apprenons une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, me concernant, est qu’en effet il y a une multitude de boulots disponibles. Ce qui s’explique largement par la mauvaise nouvelle : il est impossible de trouver un logement. Le seul backpacker de la ville est plein, très cher et comporte une liste d’attente de 15 personnes. Les campings sont hors de prix, sans parler des motels et autres logements devenant luxueux.

Nous avalons un bout de pain au lookout de Dampier, la petite ville résidentielle, et décidons de dormir dans la voiture en dehors de la ville. La mauvaise nouvelle nous a aussi appris que les rangers rodent car la plupart des backpackers tentent le camping sauvage.

Tous mes plans se retrouvent à nouveau bousculés : gros manque d’argent, pas de boulot, pas de logement, et plus du tout l’envie de rester dans cette ville… nous nous offrons une bière bien méritée dans un pub sans “naked chicks” avant de s’endormir au son des road trains roulant de nuit.

Photo : Sunset au lighthouse d’Exmouth

I’m glad you came

Petite ville de 1500 habitants, principalement alimentée par le tourisme à cette époque de l’année, je me suis dit que cet endroit n’était sans doute pas le pire pour chercher du travail. La plupart des personnes ne font qu’y passer, peu d’offre de travail, mais peu de demandes. J’ai mes chances !

J’ai distribué mes CVs à plusieurs endroits de la ville dont certains cherchent des personnes actuellement. Le “billboard” du “centre” fait office de journal local, petites annonces, publicités locales, agence d’intérim. Il n’y a que quelques offres de boulot pour lesquelles je postulerai ou pas.

Je ferai la rencontre de Tim (un autre, allemand celui-ci) et de Sonja (suisse allemande). Ensemble nous déciderons d’emprunter ma voiture pour aller visiter le parc national ce weekend. Cape Range National Park est l’endroit où aller pour plonger au milieu des coraux. A la malheureuse surprise de la plupart des voyageurs “a pied”, le parc se trouve à plusieurs dizaines de kilomètres de Exmouth. La voiture est donc obligatoire si on veut éviter de payer un trip organisé à prix d’or.

Devant le bureau des rangers à 7h30 nous faisons la file en espérant obtenir un emplacement de camping pour la nuit. Nous avons loué du matériel de plongée pour deux jours et souhaitons prendre notre temps pour explorer les trois spots phares de la côte : Oysters Stack, Turquoise Bay et Lakeside. La petite marche à l’extrémité sud du parc ne nous laissera pas bouche-bée.

A Oysters Stack, les vagues sont fortes et la plage est inexistante. Il faut se glisser dans l’eau sans se faire projeter contre les rocs par les vagues. S’y trouver à marée haute est obligatoire tant l’eau est peu profonde. Cette petite profondeur nous offre la chance d’être en contact très particulier avec plein de poissons aux apparences aussi variées et colorées les uns des autres. Les coraux sont verts, aux pointes bleues, parfois mauves. Colorés sans être une aquarelle ils sont bien plus jolis que ceux de Coral Bay. Des gros coquillages se ferment à notre passage et les étoiles de mer d’un bleu plastique nous ont d’abord fait penser à un jouet abandonné. Des bancs de poissons gros comme mon avant-bras forment un cercle autour de moi.

A Turquoise Bay, on peu apprécier une plage clémente. Des vagues moins importantes mais un courant dangereux par endroit. Des panneaux explicatifs nous indiquerons où ne pas aller si on ne veut pas être “flushé” dans l’océan. Ici la profondeur est plus importante c’est pourquoi nous avons vu deux raies et une tortue. Nous chercherons les requins un peu plus loin dans les récifs, sans nous douter de la peur que cela nous procurerait si nous en avions vu un. Le lendemain au même endroit, une tortue me fera une démonstration d’apnée en remontant s’alimenter en oxygène à la surface.

Lakeside, notre dernier arrêt. Ici il n’y a aucun courant, mais moins de récifs. Nous chercherons d’autres spécimens dans les profondeurs sans coraux sans rien trouver de concluant. Ce n’est que lorsque Tim et Sonja seront hors de l’eau qu’une stingray fuira ma présence. Celle-ci est noire et a définitivement un dard au bout de la queue. Les autres n’en avaient pas et étaient plutôt grise avec des petites taches bleues sur le dos. Je recroiserai cette grande noire un poil plus loin, un peu effrayé par cet animal, je la suivrai en direction du bord et sortirai de l’eau.

Au fil des plongées, des coraux et des bancs de poissons, la meilleure façon d’exprimer ce que j’ai vécu est d’imaginer de plonger dans un aquarium.

De retour en ville, nous nous lancerons dans un autre type de plongée. Le bin diving ! Une fois la boulangerie fermée, nous plongerons dans la poubelle à l’arrière du bâtiment pour dénicher du pain frais du jour, gratuit et bien meilleur que le pain de mie habituel. Si, si, ça reste hygiénique ! J’ai même déniché un sandwich sous cellophane (ahah).

Au bout d’une semaine ici, j’en ai marre et ne suis pas certain d’avoir envie de rester plus longtemps. Je pense sacrifier un peu de mon budget devenant très court pour aller jusqu’à Karratha, plus d’habitants et donc d’opportunités de travail.

Repère temporel : du 17 au 24 mai