Certains l’appellent Ayers Rock, mais en réalité il s’agit d’Uluru. Uluru est le nom qu’ont donné les Anangus à ce monolithe de plus de 350 mètres de haut et 3 km de large. Il n’est pas consituté de la même roche que Kata Tjuta, celle d’Uluru est plus “fine” et ressemble moins à une aglomération de gravats. Par endroit le rocher ressemble à du métal. Sa couleur rouge et certaines perforation par endroit laissent croire à une tôle épaisse qui rouille là depuis des années.

Dans le folklore Uluru est créé par deux enfants. Toutes les histoires liées à Uluru et sa création mettent en scène des personnages de la Création, de taille beaucoup plus importante que la notre, de forme animale et humaine, voire de plantes. Par exemple, la création des fleuves vient d’un serpent géant qui parcourait le monde en chantonnant. La trace qu’il laissera derrière lui formera une rivière, tandis que ses chansons conteront l’histoire du monde.

Un jour, deux enfants décident de faire un énorme tas de boue. Il s’amusent à regrouper un maximum de boue et d’en faire un joli monticule. Ils jètent derrière eux les rochers qui se sont mêlés au tas de boue, et continue à rassembler de la terre pour faire de ce tas, un tas énorme. Afin qu’il soit encore plus grand un des enfants monte sur les épaules de l’autre et continue de façonner Uluru. Satisfait de leur réalisation, du sommet ils observent leurs familles s’adonner aux tâches quotidiennes. Maintenant qu’ils doivent descendre un problème se pose tant le rocher est haut. Ils se mettent à plat ventre et se laissent glisser le long de la falaise en se retenant de leurs mains. Uluru est né. Ainsi que Kata Tjuta grâce aux morceaux de rochers lancés derrière eux.

“Bah c’est un gros rocher quoi !”. C’est ce que j’ai entendu plusieurs fois avant de le voir moi-même. Et je trouve ça tellement faux. Ce rocher a une âme, une histoire, il est sacré et dégage quelque chose. En observant le coucher du soleil sur Uluru, je ne pouvais m’empêcher de penser à l’effet que devait avoir un pareil spectacle sur les hommes il y a des miliers d’années. Un gros rocher, rouge, sortant de nulle-part et visible à des kilomètres. A son pied, plusieurs choix possibles. Le climb ou le base walk. Le climb, vous l’aurez compris, consiste à monter dessus. Tandis que le base walk propose d’en faire le tour via les 10 kilomètres que constituent sa base.

Sarah aura vite fait de convaincre la plupart d’entre nous à ne pas faire le climb. Ce lieu est sacré et le chemin emprunté par les touristes est le chemin utilisé jadis par les anciens. Les Anangus eux-mêmes ne grimpent jamais sur Uluru. Pour faire une comparaison grotesque, c’est un peu comme si nous grimpions sur nos croix représentant la crucifixion. Au-delà de l’aspect spirituel, il y a aussi le danger. Déjà plusieurs dizaines de personnes sont mortes en escaladant le rocher. D’ailleurs, sous certains conditions le climb est fermé : température excédant 36°, vent violent, pluie, orages. Il y a des négociations entre les Anangus et le gouvernement pour fermer définitivement le climb, mais craignant que cela fasse chuter le nombre de touristes aucune décision n’a encore été prise.

Le long du base walk on admirera les différentes faces d’Uluru. Un certain nombre d’entre elles avaient jadis une utilité. Un lieu sacré pour les hommes, un pour les femmes, une endroit idéal pour la préparation de la cuisine, un autre pour se cacher des prédateurs, etc… des panneaux nous signaleront par endroit que nous n’avons pas le droit de prendre de photos. Et que ceux qui s’y risquent aient bien en tête que ceci peut entrainer des amendes jusqu’à 5000$. Je vous ai dit que les femmes et les hommes ne mélangeaient pas leurs savoirs, ils ne peuvent pas voir les lieux sacrés qui ne les concernent pas non plus. Même si ils ne l’ont pas fait exprès ou qu’il s’agit d’une photo. Si un homme est obligé de passer devant un lieu sacré pour femmes, il tournera la tête et ne regardera pas. Nous, touristes, ne devons pas leur faire prendre le risque de voir ce qu’ils ne doivent pas voir.

Sur les 5h du chemin du retour, nous verrons un dromadaire sauvage. Nos chevaux n’étant pas aussi performants qu’un dromadaire, certains ont été importés en Australie. Lorsque nous n’avons plus eu besoin d’eux, ils ont été relâchés dans la nature. Et survécurent. Si bien que l’Australie est le pays avec la plus grosse population de dromadaire au monde, à tel point qu’ils en exportent !

Sarah freine brusquement. Le van part en vrille de gauche à droite, elle se gare sur le côté de la route, ouvre sa portière et court à l’arrière du véhicule. Que se passe-t-il ? Ce n’est pas dans son habitude de s’arrêter de parler en pleine phrase et de se garer sur le côté d’une route désertique. Nous spéculons tous sur les raisons. A-t-elle perdu quelque chose ? Le van a-t-il un sérieux problème technique ?

Elle revient, heureuse d’avoir réussi sa bonne action, avec un lézard entre les doigts. Elle l’avait aperçu sur la route et s’était empressée d’aller le sauver d’une mort certaine. Ce petit lézard aux formes piquantes imitant la roche a une fausse tête sur son cou. Si bien que lorsqu’un oiseau décidera d’en faire son repas il se retrouvera avec une tête de fortune dans le bec et donnera ainsi une seconde chance au petit “thorny devil”.

Nous nous arrêterons en chemin pour une mini-course de dromadaire que je ne ferai pas. Et nous retrouverons au Rock Bar pour une bonne petite soirée après une bonne douche bien méritée au backpack.

Alright kids ? Cool beans !

« »