Depuis Warrnambool j’ai roulé une bonne heure à travers les champs. Les villages espacés de dizaines de kilomètres sont minuscules et la plupart des villes ne sont pas formées de plus de quelques rues. Dans Stonefield Rd, rue goudronnée pas beaucoup plus large que ma voiture, j’observe et recherche le numéro 899. Je dérangerai des centaines de grillons prenant le soleil tranquillement au milieu de cette route déserte. Des couples de papillons blancs batifolent, évitant ma voiture de quelques secondes. Après plusieurs kilomètres, je n’ai toujours croisé que deux maisons. Le numéro de la première était dans les 600, et dans les 700 pour la seconde, où sont passés les 698 autres ?!

La voilà, Stonefield Estate Vineyard ! Je ne peux pas encore distingué la maison mais je m’en approche. Un petit chemin tortueux arborant quelques nids de poule me conduit jusqu’à ladite bâtisse. Je laisse ma voiture sous la surveillance d’un paon tandis que je tente de rentrer en contact avec un des occupants. Je sonnerai plusieurs fois mais le vieux rock venant de l’intérieur masque mes tentatives. Après mon coup de téléphone, Vivienne m’accueille en précisant que la sonnette ne fonctionne plus et qu’en plus, ce n’était pas la bonne porte. Le paon qui garde ma voiture s’appelle Andrew et malheureusement pour lui il vient de perdre sa queue. Un chien, deux chats (blanc et roux, Djurek; et Barack, le noir…), des oies, des cygnes et un autre paon se baladent autour de la maison. Les vaches, quant à elle, sont dans leur enclos.

Alors que Bill est encore en train d’acheter le nécessaire pour le repas de ce soir, Vivienne me fait faire le tour du propriétaire. Le potager est absolument fascinant. Des tomates, du maïs, des courgettes, des aubergines, des tomates-cerises, des tomates noires, des citrons verts, des pamplemousses, du basilique, de la coriandre, et j’en passe. Bien entendu le tout bio. Sans oublié le raisin car le petit vignoble englobe la maison d’est en ouest.

Cette vieille maison a plus de 100 ans et me rappelle beaucoup le moulin dans lequel j’ai grandi. La fraicheur a l’intérieur de la maison, les pierres bleues, les planches de bois craquant sous mes pas, les murs d’un blanc vieilli, la poussière et les toiles d’araignée. Le poële en fonte dans la cuisine fonctionne, un peu pour la chaleur, un peu pour la cuisine. Situé dans la ville de Penshurst, mais à 10km du centre, il n’y a pas de réseau de distribution d’eau, ni de gaz jusqu’à eux. L’eau de pluie est récupérée dans d’énormes cuves et alimente la maison toute l’année. C’est avec cette même eau que je me douche, me lave les mains, fais la vaisselle et me désaltère.

Enjambant la clôture j’irai me perdre dans les champs derrière la maison. Les alentours sont légèrement vallonnés. Des amas de pierres jonchent les champs ici et là. Le volcan du coin, inactif depuis des milliers d’années, est responsable de cette découpe de paysage. Armé des bottes en caoutchouc de Bill, qu’il m’a obligé à porter car il y a des serpents dans le coin, je fais peur à toute sorte d’insectes inhabitués de voir autre chose que des moutons. Du haut de la petite butte à 10 minutes de là, je contemple le décor. Je suis seul et ne parvient pas à voir un quelconque signe de vie humaine. Le vent murmure à mes oreilles, les grillons grincent et les ombres des nuages se promènent dans les champs.

L’apéritif commence à 16h, mais ne me concerne pas car la bière et le vin ne font pas partie de ce dont j’ai le droit de profiter pendant mon séjour. Je n’oserai pas dire que je ne bois pas de vin lorsqu’ils me proposeront un petit verre de leur vin rouge. Je trouve ça immonde et leur fait comprendre que ce n’est pas mon affaire. Ce soir, ce sont des dumplings pour le repas, et rien qu’à les regarder j’ai pris deux tailles. Vivienne ne manque pas de m’informer que les jours suivants le repas sera plus “healthy”, elle n’a eu qu’à moitié tord. Ses salades, quant-à-elles, sont les meilleurs du monde d’après ses enfants. Elles sont très bonnes, mais il ne fait aucun doute que ses enfants n’ont pas été invité à la table du Paternel !

C’est devant un groupe de barbus jouant et chantant de la country à travers le home cinéma du salon que nous mangerons. Les Highwaymen metteront l’ambiance. Du moins pour ce vieux couple. S’étant tous deux servis du blanc à la manière pas-plus-haut-que-le-bord, ils vivent le concert devant leurs assiettes. Bill attrape sa bass et s’improvise accompagnateur du couple. Tout en jouant sur l’instrument, muet car non branché, il chantera, hors tempo, les paroles d’une vérité profonde. Vivienne a les yeux plein d’admiration pour son mari, et pour un barbu qu’elle ne manquera pas non plus de me montrer (il est mort d’après Bill, mais c’est un détail). Alors que les yeux de Vivienne jonglent entre Bill et moi, je me concentrerai sur mon assiette afin d’éviter ce regard que, d’une certain manière, je connais trop bien. Quelques instants plus tard, elle s’endormira, à mes côté, sa chienne Jess sur les genoux.

Cette soirée, me rappelant délicatement celles passées dans une famille à laquelle je n’appartiens plus, se termine à 21h, pour eux. Les autres jours se dérouleront dans un peu plus de sobriété (ou pas), mais se termineront toujours à la même heure. Les barbus mis de côté pour les beaux hommes et femmes présentant les infos.

Mon travail commencera à 9h du matin. Heure à laquelle j’irai élaguer les vignes. Selon le type de vigne l’élagage est différent mais reste facile. Encore une fois, je dérangerai des tonnes d’insectes colorés, des grillons et même quelques mini-grenouilles vertes cachées sur les feuilles. Pause-café à 10h30, lunch à midi, encore deux heures de boulot dans l’après-midi et la ma journée est finie. J’ai même droit à un day-off dans la semaine, je le passerai aux Grampians National Park.

Ce jeudi (7 avril) je prendrai la route pour Adelaide où je passerai quelques jours avant de continuer vers Perth (ou pas). A suivre…

Will be to me

Repère temporel : Du 28 mars au 7 avril

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