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Archive for February, 2011


Aujourd’hui j’ai été à la plage. Convié par Aaron et Queenie que j’ai rejoins dans l’après-midi. Ils mangeaient tous les deux du sable tant le “goone” qu’ils se sont enfilés à deux en quelques heures a aidé le soleil à les assomer. Satané goone… l’alcool pas cher du backpacker. Il s’agit d’une espèce de vin qui coute 10$ pour 4 litres. Autant dire que c’est vraiment, vraiment, vraiment, pas cher. Enfin, il ne faut certainement pas dire que c’est du vin devant un français qui deviendra instantanément fou, particulièrment en lisant sur la boite que ce liquide contient des oeufs, des noix et du… poisson. Le seul goone que j’arrive à avaler est le “Fruity Lexia”, une espèce de vin blanc sucré, ça passe.

Après deux/trois tasses -fini de boire dans des verres, c’est du luxe- je reprends le chemin du retour abandonnant Aaron en train de dormir effondré dans le sable. Heureusement qu’il a la peau dure ! Ce qu’il me prouve tous les jours d’ailleurs, le pauvre a un boulot dans une usine d’oignons. Et je pense pouvoir dire sans aucun jeu de mot qu’il doit en pleurer. “I’m kickin’ onions” dirait-il avec son accent canadien. Sa tâche est de décharger des camions d’oignons encore plein de terre ou de poussière. Une bonne vieille méthode old-fashion pour y parvenir… frapper les oignons avec ses pieds pour qu’ils s’effondrent sur la courroie les emmenant dans une “bin” un peu plus loin. Il faut approximativement une demi-heure pour décharger un camion de 25 tonnes, ensuite 20 minutes de pause le temps qu’un autre camion arrive. Mais ne vous méprenez pas, c’est excessivement physique. Et en plus du reste, les horaires sont fous, entre 10 et 15 heures de travail par jour, parfois de 1h de l’après-midi à 4h du matin. Respect !

1/2h pour rentrer jusqu’au backpack vie Sorell St que je connais déjà trop bien, je décide de prendre une autre rue… c’est comme ça qu’on pimente ses jours à Devonport ! J’ouvre grand mes yeux afin de ne pas rater les éventuelles voitures à vendre, et je fais bien. Une Mitsubishi Magna Station Wagon est à vendre à 2500$. C’est fort cher, mais aucun détail n’est indiqué. Je prends le numéro et continue ma route. Je suis déçu tous les jours du manque de voitures à vendre sur le net. Gumtree, le site incontournable des petites annonces n’a en stock que quelques très vieilles voitures, beaucoup trop chères pour ce qu’elles sont. Il faut que je prenne mon courage à deux mains et téléphone à ce supposé australien pour avoir des renseignements sur la voiture.

Je mettrai un peu plus d’une semaine à téléphoner, je déteste le téléphone car je ne comprends pas la moitié de ce qu’on me raconte et la plupart du temps lorsque je leur demande de répéter, ils rebobinent leurs phrases et répètent exactement de la même manière… inutile. Simon veut bien téléphoner pour moi et prendre quelques renseignements en vue de faire un drive test. Vu qu’on ne sait pas ce qu’elle vaut, et qu’on a du temps à tuer… François, comme Simon il s’y connait en voiture, ce qui est plutôt pas mal pour mes affaires. Simon tombe sur la messagerie… tant pis, on essayera une autre fois. Mais 3 minutes plus tard, mon téléphone sonne et je suis donc obligé de décrocher.

Un homme, avec un bel accent commence quasi instantanément à me décrire toutes les pièces du moteur ayant été changées dernièrement. Hum… déjà que j’ai du mal à comprendre une conversation normale, mais alors si il me parle de culasse, d’alternateur ou autre, je vais être paumé. Bref, je me débrouille plus ou moins et crois comprendre que je peux aller voir la voiture maintenant. On tente le coup et allons jusque là.

Surprise, le prix annoncé sur la voiture est passé à 1800$. En admettant que cette voiture soit une bonne affaire, j’avais déjà une réduction assurée de 700$, et c’est tant mieux pour 2500$ il aurait fallu qu’elle soit vraiment très bien. Le vendeur n’habite pas là, mais une dame ronde expirant la fumée de sa cigarette, typiquement “bogan” (terme pour désigner un beauf/baraki ici), nous ouvrira la voiture pour qu’on inspecte toutes les surfaces. Enfin, “on”, pour que François et Simon fassent l’analyse, moi je ne peux rien faire d’autre qu’ouvrir les portières et m’asseoir derrière le volant.

Le compteur affiche 174 000 kilomètres, c’est vraiment très peu pour ce prix. Sur Internet les voitures au même prix ont 300 000 dans le ventre. François lui-même a acheté la même voiture que celle que nous inspectons pour quelques centaines de moins, mais 60 000 kilomètres en plus. Les pneus sont en bon état, l’intérieur aussi. Elle est malheureusement automatique, mais on va pas faire le difficile. A quatre avec le propriétaire, François derrière le volant, nous partons pour le test drive. Mis à part que le démarrage est difficile elle l’air de vraiment bien rouler, les freins sont en bon état aussi. Et tout un tas d’autres trucs que Simon nous traduit au fur et à mesure car nous ne comprenons pas grand chose à ce que cet australien raconte.

Notre force, le français. Au moment où on se retrouve au point initial et que la voiture est adjugée intéressante nous parlons ensemble du prix que nous pourrions proposer. N’ayant pas confiance en mes talents de négociateur, François annonce 1500$. Le vendeur tire instantanément la gueule. C’est compréhensible d’ailleurs, il avait changé le prix initial de 2500$ aujourd’hui même. Il est conscient qu’il faut changer la batterie et nous propose 1600$. J’accepte !

Je retourne le lendemain avec cette somme en cash. On remplit le document de transfert de rego. Me voilà propriétaire ! Un grand merci à François et Simon car grâce à eux je sais que je fais une bonne affaire, même une très bonne affaire. Le lendemain je ferai les frais d’une nouvelle batterie, 145$ cette saloperie… Avec le coût du transfert et le reste cette voiture me coute 1800$, je ne pouvais pas espérer mieux.

Back off – The bitch bites

Vous avez trouvé un job ! Félicitations ! C’est le moment de suer et de se faire des pépettes. Mais avant ça il faut remettre à votre employeur le “Tax File Number Declaration Form”. C’est pas bien compliqué, mais il y a quelques petits détails à connaitre.

Vous n’avez pas encore votre TFN ?

Dans ce cas, une des cases au début du document permet d’indiquer que vous attendez de le recevoir. Votre employeur vous payera comme il se doit pendant 28 jours, mais ensuite vous serez taxé au maximum (46.5%). Il faut donc mieux avoir votre TFN au préalable, ou le fournir dès que vous le recevez.

Suis-je resident ou non-resident ?

C’est un sujet épineux et personne n’est vraiment d’accord mais si on suit ce qui est indiqué sur le document indiquant votre TFN, vous êtes “non-resident”. Attendez ! Ne partez pas trop vite cocher la case “No, I’m not resident for tax purposes”, c’est l’erreur que j’ai commise et qu’il ne faut surtout pas faire. Même si vous êtes sensé indiquer que vous êtes non-resident, il ne faut pas le faire. Pourquoi ? Parce que les taxes prélevées seront excessivement plus hautes que dans le cas inverse.

Excessivement ça veut dire que vous passez de 13% à 29%… et sur une paie, ça fait une méchante différence ! Parait-il que c’est pas légal de faire ça, mais comme tout le monde le fait, j’ai suivi. L’Australie est suffisamment bien organisée pour avoir un moyen de contrôle là-dessus, on dira donc que c’est pas permis mais toléré.

J’ai entendu dire que le taux de taxation dépendant du domaine dans lequel vous travaillez, lors de cette expérience j’étais employé pour la récolte. Peut-être que si j’avais été barmaid la taxation n’aurait pas changé. Information à compléter.

Rabbit Dream

Voici en photo et vidéo, ma vie depuis deux mois… Une fois que vous avez vu la vidéo, essayez d’imaginer qu’elle dure 8 heures. Vous noterez aussi l’agréable ambiance sonore.

Bloody carrots

En essayant d’utiliser le moins possible mes mains endolories, je me glisse jusqu’à ma montre. Zut, il n’est que 10h… encore une nuit que j’aurais aimée prolongée de plusieurs heures. Coup d’oeil rapide dans la chambre, il n’y a plus que Tim. Plus chanceux que moi, il tiendra encore une heure ou deux à roupiller la bouche mi-ouverte. Comme à chaque réveil, je rampe tant bien que mal jusqu’à l’échelle de mon lit à la manière d’un manchot, je sais qu’il faudra que j’attende la douche pour retrouver un usage correct de mes mains et mes poignets.

J’attrape ma trousse et mon essuie (que j’ai pris l’habitude d’appeler “serviette” à cause des français) et je me mets en route pour les douches. Ce petit rituel matinal s’enchaine sur mon petit déjeuner maintenant indémodable. Un bon bol de muesli accompagné de yaourt et de bananes fraichement coupées en dés. Pour les jours de luxe une nectarine ou un quart de melon s’y mêleront.

Il est vrai que j’ai quelque fois fait une petite entorse à ce magnifique déjeuner. L’envie de prendre des forces pour ma future journée de travail me fera frire quelques tranches de bacon et de tomates ainsi que quelques oeufs. N’oublions pas les tranches de pain de mie multi-céréales grillées qui accompagnerons parfaitement ce petit déjeuner devant la télé.

Je n’aurai jamais autant vu de “The Simpsons” depuis que je suis ici. J’ai pu voir plusieurs saisons sans m’en rendre compte et j’en viens à pouvoir me plaindre d’avoir déjà vu certains épisodes. J’ai fait l’heureuse découverte de “Family Guy” que je ne connaissais pas, ainsi que de “Two and a Half Men”. Les épisodes de “How I Met Your Mother” ne me sont bien entendu pas inconnus, mais toujours aussi agréables à regarder. Il arrivera cependant que je me déplace pour d’autres lieux où les mastications asiatiques la-bouche-ouverte accompagnées de l’ingurgitation des nouilles par grandes aspirations ne se feront pas attendre.

Direction la cuisine, par chance elle n’est pas envahie par la population bridée du backpack, seul motivée à réaliser de la grande bouffe dans une cuisine qui tient dans un Tupperware. Etant en horaire décalé je peux bénéficier d’un espace relativement honnête pour me préparer quelque chose pour ce midi et mon lunch au travail. Je ne suis pas un grand patient et donc souvent je me limiterai à me préparer des pâtes ou du riz accompagnés par des saucisses ridiculement bon marché, ainsi que des légumes selon mon humeur et les prix du supermarché. Dans mes jours de plus grande motivation, je préparerai une bolo particulièrement bonne qui ravira nos papilles de backpackers habituées à n’avoir que du sel et du poivre comme condiment.

On prépare le casse-croûte, remplit la gourde, n’oublie pas les biscuits, le sac est prêt. Rendez-vous à 15h à l’entrée. Les groupes se répartissent dans les différentes voitures et nous nous mettons sur le départ. Je conduirai, selon les jours, la vieille Nissan automatique ou le croulant mini-van manuel appartenant à l’auberge. 10 kilomètres plus loin, ayant préalablement revêtus nos dossards jaunes fluos crasseux, nous “clockons-in” avant d’attendre l’heure pile dans le réfectoire.

C’est parti ! Leeane nous réparti sur les différentes machines ou nos tâches seront principalement les mêmes, mais aléatoirement plus difficiles. Outre l’épreuve physique à laquelle il faut s’habituer, il y a une autre aptitude très importante à développer. Il faudra être fort mentalement pour ne jamais regarder l’heure sur l’horloge accrochée juste au-dessus de nos têtes. Si lorsqu’on la regarde lors d’un moment de faiblesse, elle en devient une drogue. L’observant de plus en plus souvent à tel point que je peux compter les secondes entre deux observations. Et là c’est le gouffre de l’horreur. Chaque sac réalisé se trouve être fini trop vite par rapport à l’heure vue quelques instants plus tôt, mais pas assez rapidement pour terminer les deux palettes d’avant le break.

Pendant les trop rapides 10 minutes de break, nous échangeons toujours les mêmes choses. “Putain c’est trop rapide, c’est inhumain, je galère à mort”, “Tiens, moi sur la 5 ça va bien, heureusement que Sabrina m’aide beaucoup”, “Il faut qu’ils engagent quelqu’un de plus”, “J’en ai marre, on se casse ?”, “Bordel, encore 6 heures… et merde la pause est déjà finie”.

Dans notre équipe, il y a Way, collègue asiat’. C’est notre héros. Ce type qui n’a que quelque jours d’expérience de plus que nous, ne sue jamais une goutte et gère aussi bien n’importe quelle machine dans n’importe quelle situation. Il en est au point qu’il va délibérément refuser notre aide ou perdre un temps infini à vérifier que sa palette est d’équerre alors que les sacs s’amassent devant sa machine. Pas de frayeur, il sait qu’il rattrapera son retard en moins de temps qu’il ne faut pour le dire tout en gardant ses sacs particulièrement parfaits ! C’est notre point de repère, les seules fois où il galère nous nous confortons dans notre malheur en se disant que si lui n’y arrive pas, nous sommes excusés de ne pas être plus rapides. Ce que nous ignorerons délibérément c’est qu’il avait passé toute la nuit sur Internet, et qu’il admet lui-même être fatigué après seulement trois heures de sommeil.

Moi je suis fatigué et galère trop à terminer ma journée de huit heures quand j’ai dormi moins de 10 heures et que je n’ai pas fait de simili-sieste avant de partir boulotter… Mine de rien, l’épreuve physique que représente se travail m’oblige à faire gaffe à ce que j’ingurgite, à manger énergétique, à me gaver de biscuits aux pauses, à dormir assez et à boire comme un chameau. A aucun instant de ma vie la sueur n’aura autant perlé de mon front pour s’écraser sur les sacs que je pack, même à 11h dans la nuit, dans une usine évidemment non chauffée et sans aucune source de chaleur. Inutile de préciser que mes bras retrouvent la même masse musculaire que quand je soulevais des sacs de viande et que j’ai très certainement minci même si le poids indiqué par le “pèse-palette” veut me faire croire le contraire.

A l’approche de minuit, après être tombé dans le cercle infernal de l’horloge, nous espérons tous que les machines ne seront pas réapprovisionnées en carottes, car cela voudrait dire que nous sommes partis pour faire des heures supplémentaires. Et même si nous serons contents de les avoir faites, il n’y a qu’une seule chose que nous voulons, c’est rentrer au backpack. Sur la route du retour, j’espérerai qu’une fois de plus un Walabi sauvage décide de traverser en dehors des clous ne s’inquiétant pas de savoir si je m’arrêterai ou pas pour le laisser passer.

Affalés devant la télé, nous nous plaignons des nouvelles douleurs impromptues dans les chevilles ou les genoux, avalons n’importe quoi, prenons une douche si l’énergie y est, débattons de nos objectifs et des possibilités de les modifier, pour finalement terminer dans notre lit.

La douche n’efface cependant pas tout. La crasse sous les ongles ou sur les doigts persiste. Les égratignures sur la paume de main gauche causées par le bout de fer qui ferme les sacs ne disparaissent pas non plus. Et j’espère, chaque jour, que la peau épaisse, développée à l’endroit où le rouleau de film plastique avec lequel on enroule les palettes me brûle les mains, va partir avec le temps.

Quand je trouve le temps, ou lors des day-off imprévus, je fais mes courses, joue aux échecs, sort le samedi soir, ne vais plus à la plage, écoute de la musique, célèbre l’Australia Day, avance dans mon livre et ai envie de partir. Cela fait un mois et demi que je suis à Devonport et j’en ai encore pour le même temps. Je ne vois pas le bout. Même pas à la moitié de ce que je voudrais économiser, je dois tenir bon pour ensuite acheter une voiture… c’est revenu à l’ordre du jour.

Aujourd’hui, je suis en day-off probablement à cause de l’accident d’hier. Leeane est partie en ambulance après s’être ouverte le doigt à l’intérieur d’une machine. Elle va bien et va même pouvoir conserver son doigt, cette acharnée du travail voulait revenir travailler hier, mais elle n’y était pas autorisée. Cela dit, elle est tout de même passée faire coucou… J’ai accompli 23 jours de boulot, je suis dans ma 5e semaine, mon objectif est de travailler 50 jours ou 10 semaines, mais à rectifier en fonction de ma santé bancaire, physique, et psychologique.

Just do it